Le commentaire critique est fréquemment pratiqué par les commentateurs politiques dans les médias. Les critiques cinématographiques, littéraires, artistiques. nous ont également habitués à ce travail intellectuel qui consiste à rendre compte, à juger et jauger un film, un roman. Ces critiques discutent de la valeur d'une production, d'une réalisation, en examinent les qualités et les défauts, communiqués au public concerné pour l'inciter à voir, à lire ou, au contraire, le détourner de l'oeuvre critiquée.
Le terme de critique est souvent vidé de sa totale signification en restreignant ce terme au jugement défavorable. On appelle ainsi critique soit une objection ou une désapprobation portant sur un point spécial, soit une étude d'ensemble visant à réfuter ou à condamner un ouvrage. Ce sens est le plus fréquent pour le verbe critiquer.
Par ailleurs, la critique soulève la délicate problématique de la subjectivité et de l'objectivité. La critique peut être perturbée par le parti pris ou le manque d'honnêteté de l'auteur qui la signe. Or la critique repose essentiellement sur la neutralité de son auteur, son intégrité intellectuelle et morale. C'est pour cela que l'argumentation est essentielle dans un commentaire critique. Tout jugement de valeur émis sur le texte critiqué doit faire l'objet d'une justification raisonnée. C'est une des raisons également pour laquelle tout commentaire critique, au contraire de l'essai, est toujours réalisé à la troisième personne. C'est pour éviter la tentation du « à mon avis ou du selon moi », affirmations parfois gratuites et toujours subjectives.
Ce terme vient du latin : « commentari » (cum = avec ; mentis= esprit) qui signifie réfléchir, étudier et méditer. Un commentaire représente, en effet, l'ensemble des explications, des remarques né de l'étude d'un texte et des réflexions qu'il suscite. Certains en font un synonyme de « glose » pour signifier l'annotation, c'est-à-dire l'explicitation des idées fortes du texte, ou d' « exégèse » pour signifier l'explication, c'est-à-dire la démonstration qu'en fait l'auteur, qui caractérise tout commentaire. Dans tous les cas, un commentaire implique une addition à travers les notes, les éclaircissements, les observations et remarques apportés au texte pour en faciliter l'intelligence. C'est aussi l'indication d'un itinéraire intellectuel qui conduit l'auteur commenté à poser telle ou telle hypothèse et à lui donner telle ou telle explication. Contrairement au résumé avec lequel il est souvent confondu, le commentaire s'articule autour d'une interrogation particulière suggérée par le sujet proposé. Il s'agit donc du traitement d'une question. En d'autres mots, à partir d'une problématique empruntée au texte de référence, le commentaire traite d'une seule composante du thème général.
Primitivement, la critique est la partie de la logique qui traite du jugement. Peu à peu le terme prend le sens contemporain signifiant l'examen d'un principe, d'un fait, d'un texte en vue de porter à son sujet, et par soi-même, un jugement d'appréciation. La critique devient un libre et public examen. On qualifie, en ce sens, un esprit critique celui qui n'accepte aucune assertion sans s'interroger d'abord sur la valeur de cette assertion, soit au point de vue de son contenu (critique interne), soit au point de vue de son origine et de son environnement (critique externe) (voir infra)
C'est pourquoi certains font du terme de critique un synonyme d' « appréciation » qui s'oppose à explication et introduit souvent un aspect positif dans la critique (j'ai apprécié votre travail, par exemple) mais toujours justifié. On doit, lorsque l'on parle de critique, également retenir le terme de normatif. Les sciences normatives sont celles dont l'objet est constitué par des jugements de valeur en tant que tels, c'est-à-dire en tant que la critique de cette valeur est le but de la science ainsi dénommée. Une norme étant une formule concrète ou abstraite de ce qui doit être en tout ce qui admet un jugement de valeur : idéal, règle, modèle. Ainsi pour établir un commentaire critique, un professionnel de l'information peut se référer à des normes portant sur les citations, les références bibliographiques, les règles d'écriture scientifique. Donnons pour exemple les Recommandations aux auteurs des articles scientifiques et techniques pour la rédaction des résumés. (NF Z 44-004) ou le Guide pour la rédaction des articles scientifiques destinés à la publication. proposé par l'UNESCO dès 1968.
Des disciplines font de l'approche critique une de leur spécificité telle l'histoire ou l'art. Il existe ainsi une critique d'art (esthétisme), une critique de la vérité (logique) à laquelle se rattachent les professionnels de l'information s'interrogeant sur la fiabilité de l'information.
Un commentaire critique mélange deux démarches complémentaires. Il consiste à EXPLIQUER et à EVALUER un texte tout en JUSTIFIANT cette évaluation. C'est exposer l'essentiel du texte et en faire une analyse critique à partir de critères explicites et reconnus par la communauté professionnelle concernée. C'est cette dernière partie qui fait souvent défaut dans les copies des candidats qui confondent souvent essai (où l'on doit exprimer sa position) et critique qui exige une démonstration permettant de comprendre la valeur attribuée au texte ou à certaines parties du texte.
La critique interne
(ou le « QUOI EST DIT ? ») consiste à examiner le contenu du texte en dehors de toute considération. Elle est une évaluation des méthodes et des procédés employés par l'auteur pour dire l'information et défendre sa position. La critique interne fait abstraction du contexte dans lequel l'oeuvre a été produite. Elle ne porte que sur le contenu. Elle tient compte des composantes intérieures de l'oeuvre telles que la cohérence, la logique, la pertinence de l'argumentation. Elle évalue le texte sur la base de sa rigueur, de sa fiabilité, de sa forme et enfin sur la capacité ou non de l'auteur de démontrer son hypothèse de départ.
Quel est le sens de l'information apportée par le texte analysé, interroge la critique interne. Pour répondre à cette interrogation, il faut mobiliser ses connaissances et mettre en pratique une méthodologie documentaire
Problématique générale : De quoi parle l'auteur ? Quel est le sujet de son texte ? Quels sont les enjeux du débat soulevé ? Quelles en sont les problématiques ?
La lecture point par point :
Analyse du titre et des mots du titre : est-il construit en adéquation avec les recommandations portant sur l'écriture scientifique et couvre-t-il correctement le texte ainsi intitulé ?
Examen de l'introduction : la définition des concepts de base ou des mots clés est-elle donnée. La ou les hypothèses du texte sont-elles explicitées ? La ou les problématiques sont-elles clairement énoncées ? Le plan est-il déclaré et suivi ? Aurait-il pu être autre ?
Le texte développé : examen du fond : L'idée clé (ou les idées clés) est-elle clairement explicitée ? Est-elle défendue de façon pertinente et exhaustive, c'est-à-dire argumentée ? Quelle est la nature de l'argumentation, est-elle d'ordre déductive, inductive, analogique. ? Les arguments sont-ils appuyés par des données objectives (statistiques, expertises.) ou subjectives : témoignages, impressions, situation personnelle. Ce texte aurait-il besoin de développement supplémentaire pour être mieux compris...
Quelle est l'étendue du sujet ? S'agit-il d'un vaste débat (exemple : la disparition du document imprimé qui intéresse plusieurs communautés professionnelles et relève du débat de société) ou, au contraire, un sujet relativement spécifique, souvent d'ordre technique et qui n'intéresse qu'une communauté professionnelle (exemple, l'avenir des thésaurus ou des grandes classifications encyclopédiques.)
Sur quel échelle se situe ce débat : mondiale, européenne, française ?
Examen de la forme : quel type de texte, l'auteur propose-t-il : narratif, problématique, théorique.
Analyse des concepts : il s'agit d'indiquer ce que signifie un mot ou une expression tout en la situant dans le texte où le mot peut prendre un sens spécifique. Les informations sont rédigées en utilisant quel type de vocabulaire ? L'auteur puise-t-il dans un vocabulaire commun ou, au contraire, s'exprime-t-il dans un langage très spécialisé ou même précieux ou rare ? Quel en est le niveau pédagogique ?
Articulation du texte : Comment articule-t-il son texte, quelle progression pour les idées exposées ? Pour cela, examinez le découpage du texte : sous titres, paragraphes, alinéas.
Comment est-il découpé, en combien de sous parties intitulées ou pas, les paragraphes correspondent-ils à un changement d'idées.
La conclusion : découle-t-elle logiquement des arguments exposés ? L'auteur répond-il aux questionnements posés ? Les propositions éventuelles qu'il suggère sont-elles réalisables ? A quelles conditions ?
Critique externe
Le commentaire critique porte sur un texte bien déterminé. Mais il importe d'intégrer ce texte dans un contexte plus vaste pour établir une sorte d'état de l'art, montrer que l'on connaît la question, que l'on a déjà réfléchi aux problématiques soulevées et qu'on les replace dans un ensemble qui comprend, certes, l'auteur de l'article mais aussi toute une communauté d'autres auteurs qui ont dit la même chose ou ont pris des positions différentes. C'est le but de la critique externe qui revient à examiner le contenu du texte en le replaçant dans son environnement. La critique externe se rapporte donc au contexte social, politique, scientifique, juridique, économique. du texte Elle est à l'origine d'un ensemble de questionnements que nous présentons ci-après:
QUI écrit ? Il est important d'identifier et de déterminer les compétences de celui qui fournit l'information. Il en est l'auteur et donc intellectuellement responsable de ses informations et affirmations. A-t-il autorité pour écrire ce qu'il écrit ? Est-il connu et reconnu par la communauté scientifique et professionnelle concernée ? Quelle en est l'affiliation, le statut et le rôle ? Attention : l'examen de l'auteur ne doit pas déboucher sur une critique « ad hominem », c'est-à-dire une critique qui s'attaque directement ou indirectement à l'origine personnelle de l'auteur, son engagement politique, par exemple
Qui écrit avec lui ? L'auteur fait-il référence à d'autres textes que celui que vous avez sous les yeux ? Fait-il appel à ses travaux antérieurs (et dans le cas contraire, les connaissez-vous) ? Cite-t-il d'autres auteurs qui viennent confirmer ou contredire sa position ?
Qui écrit sans lui ? Des auteurs connus ou reconnus se sont-ils exprimés sur le sujet abordé par l'auteur mais non cités ? Ces interrogations sont délicates car elles impliquent que le candidat connaisse des auteurs incontournables dans certains cas : par exemple, les problématiques liés à la qualité en documentation, implique que l'on connaisse en France, Eric Sutter, celles sur les langages documentaires, Jacques Maniez ou Georges van Slype. Les auteurs qui écrivent en sciences de l'information et de la documentation appartiennent souvent à la sphère de la littérature grise. Ils sont publiés dans des revues professionnelles que le candidat au Capes doit explorer systématiquement pour construire sa culture professionnelle et pouvoir en faire part dans son travail.
Pourquoi ? L'auteur expose-t-il les raisons qui le pousse à écrire : raisons liées à l'actualité, au besoin d'échanger et de communiquer. Peut-on les déterminer à travers les lignes ?
Pour qui ? L'auteur explicite-t-il clairement le public qu'il vise ? Peut-on le déduire à travers le titre du document hôte (OU ?), le vocabulaire utilisé (Comment ?)
Où ? Renvoie au « lieu » dans lequel le lecteur trouve ce texte. Quel document ou site hôte ?
Quand ? La date du texte est à relever car elle permet de commenter la « fraîcheur » de l'information apportée, de la commenter en ce sens. Elle est toujours d'actualité ou, au contraire, elle est dépassée ou mérite d'être complétée. Ces apports sont le témoignage de votre activité de veille sur une question donnée. Cela peut concerner le suivi d'un projet tel Google Print devenant Google Book ; ou un changement de statut : Jean Noël Jeanneney remplacé par B Racine à la tête de la BNF.
Comment ? Y a-t-il un paratexte: renvoie-t-il à des tableaux, à des données iconographiques ? Quelle assistance à la lecture ?
Il n'existe pas une façon unique de faire un commentaire critique d'un texte. L'intitulé du sujet peut conduire à s'arrêter à des aspects du texte non retenus éventuellement dans un autre contexte, pour un autre sujet. Mais le texte doit être lu à travers cet intitulé qui en dirige la lecture. C'est pourquoi il ne faut jamais le perdre de vue.
Dans tous les cas, le commentaire doit être construit autour de l'idée directrice du document situé dans son contexte et évalué jusque dans ses détails significatifs à partir de critères explicites
Il y a deux manières de présenter un commentaire critique :
Un commentaire critique commence toujours par la description bibliographique du texte critiqué
Il est rédigé à la troisième personne. Par convention, on ne rédige jamais un commentaire critique à la première personne.
Il faut éviter la paraphrase qui reprend dans d'autres mots ce que dit l'auteur
Les citations doivent être courtes et apparaître entre guillemets, suivies entre parenthèses de la page du document où l'on peut la retrouver
Il faut donner des références précises et exactes à toutes sources documentaires citées
Nous vous proposons des exercices :